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C’est une question qui m’a beaucoup fait hésité au moment du départ !
Petite précision : pour la transatlantique à la voile, je suis parti seul, pendant qu’Irina roulait sa bosse en sac à dos dans les Balkans et en Turquie.
La question demeurait cependant : comment vais-je faire avec mon vélo et mes sacoches ?
Je crois que c’est assez clair, avoir un vélo avec soi est un handicap pour faire du bateau-stop parce que l’engin occupe son petit espace et que dans un voilier, de l’espace il n’y en a pas beaucoup.
Que ce soit sur des annonces en ligne ou au port, vous trouverez beaucoup de capitaines de voilier qui vous diront explicitement qu’ils ne veulent pas entendre parler de vélo.
Quelles sont les options ?
Acheter et monter son vélo sur place en arrivant
Au début j’ai réfléchi à acheter et personnaliser un vélo directement en arrivant en Amérique Latine, mon objectif était de démarrer le vélo en Colombie.
Ce n’est pas le choix que j’ai fait mais à posteriori, je pense que c’est quelque chose de jouable et intéressant.
Ça veut dire évidemment la recherche du vélo et le bricolage sur place en arrivant, à Carthagène probablement. Ou au Brésil si vous vous dirigez de l’autre coté.
En gros vous allez concentrer les efforts à l’arrivée dans le nouveau monde, ça peut ne pas être évident comme choix à prendre.
On ne trouve pas la même diversité de vélo en Amérique Latine qu’en Europe ça c’est certain.
Il y a pas mal d’offre en VTT ou vélos de route.
Mais un vélo de voyage, robuste, taillé pour ça et plus ou moins prêt à partir, c’est un peu plus dur à dégoter, en tout cas quand j’écris ces lignes. Et vous risquez de payer plus cher pour le même niveau de qualité.
Je ne dis pas que c’est impossible mais ça demandera quelques efforts. Idem pour bricoler des portes bagages si nécessaire.
Pour ce qui est du matos de bivouac, de camping, les vêtements techniques, je pense là qu’il faut vraiment les emmener avec soi depuis l’Europe si vous pouvez car vous trouverez tout beaucoup moins cher à qualité égale et beaucoup plus facilement.
A l’exception peut être du Brésil où la chaîne Décathlon est implantée dans certaines grandes villes, mais je n’y ai pas mis les pieds et il faudrait vérifier si les coûts n’explosent pas avec l’importation des produits.
Après vous pouvez avoir le coup de bol de tomber sur des voyageurs à vélo en fin de périple prêts a vous vendre leurs montures chéries. Ce n’est pas à exclure!
Se pose aussi la question des consommables et des outils dont vous aurez besoin pour assurer les réparations en route en cas de pépin. Parfois c’est une fois que vous connaissez votre vélo que vous serez sûr-e-s d’avoir avec vous toutes les clés et outils nécessaires.
J’imagine quand même qu’avec le multi-tool de base qu’on trouve chez décat et les quelques outils indispensables que vous aurez pris en Europe, il ne doit pas y avoir de gros ajustements.
Le gros avantage, c’est que vous ne vous prenez pas la tête avec le vélo et que vous partez le plus léger possible sur l’océan.
Ce qui est d’autant plus intéressant que c’est très rare de trouver un seul voilier qui vous emmènera de l’Europe à la Colombie par exemple. Il faudra intégrer de nouveaux équipages en cours de route, et pour être choisi, être souple et léger va vous faciliter énormément la tache.
Vous allez être aussi beaucoup plus libre pour trouver un endroit d’où partir en Europe : exemple, si le plan que vous aviez depuis Sète tombe à l’eau, avec les mains libres vous partez facilement en auto-stop à la Rochelle, à Lisbonne, à Gibraltar … et en avant Guingamp!
Faire expédier son vélo
Comme vous l’aurez compris, j’ai choisi de préparer mon vélo en France avant de partir.
En partie parce que j’ai rencontré le pote d’un bon ami qui vendait son TX400 avec lequel il s’était fait la carretera australe avec son copain. Un vélo qui connait déjà la route, génial !
Quoi qu’il en soit, j’ai racheté son vélo, j’ai mis une nouvelle selle, une nouvelle chaîne et une nouvelle cassette et j’ai fait quelques adaptations pour moi.
Je me suis du coup dit, qu’est ce que ça donne si je veux l’expédier en Colombie ?
Dans la dernière boite où je travaillais, nous faisions de l’export avec pas mal de pays. La Colombie n’avait vraiment pas bonne réputation pour ce genre d’envoi. Concrètement de grandes chances que le matos reste coincé à la douane et que ce soit une galère sans fin pour le récupérer.
Un plan pas très séduisant, d’autant que l’envoi grimpe facilement à 200 ou 300€, c’est beaucoup au regard du prix d’achat d’un vélo.
Aussi, si vous êtes en mode super-héro démarche monastique zéro CO2, ce genre d’envoi va mettre à mal vos plans…
J’ai vite laissé tombé cette piste, peut être que ça peut fonctionner, mais c’était en dehors de ma motivation.
Faire du bateau-stop avec son vélo
Alors voila, je me suis retrouvé à embarquer avec mon vélo, après avoir été gentiment rassuré sur le groupe Facebook « Voyageurs & voyageuses à vélo », je vous conseille de vous y inscrire si vous préparez un voyage 😉
Dans les fait, je crois que techniquement un vélo peut rentrer dans quasiment tous les modèles de voiliers, monocoque, catamaran, sous-marin…
Pour peu que le voilier soit assez grand pour mettre plus de 2 personnes, et c’est ce genre de bateau que vous allez rechercher, il y aura moyen de le faire rentrer.
Cela dit, les capitaines sont rarement enthousiastes à l’idée de se compliquer la vie avec un-e cycliste.
Sur les ports il y aura aussi beaucoup d’autres candidat-e-s à la grande traversée, le bateau-stop devient de plus en plus à la mode je pense. Alors à Gibraltar, à Mindelo ou au port du Marin en Martinique vous serez loin d’être seul-e à chercher un embarquement.
Des gens du monde entier, en mode sac à dos, auto-stop ou voyage à cloche pied, il y a de la concurrence.
Heureusement, en tout cas cela a été mon expérience, j’ai trouvé que la communauté des bateau-stoppeurs, malgré l’attente et la complexité parfois de trouver le bon embarquement, est solidaire !
Tout ça pour vous répéter que dans ce contexte, le vélo sera réellement un handicap.
J’ai fait du bateau-stop sur 4 voiliers avec mon vélo :
Un catamaran d’environ 12m, pour la traversée de l’Atlantique
Le capitaine Jacky, rencontré en amont via La Bourse aux équipiers, était une fleur et on a trouvé moyen de mettre le vélo sans trop le démonter car il y avait de l’espace dans le bateau.


Un monocoque de 12m environ, avec une famille adorable
Les 2 parents et 4 enfants, la distance était relativement courte, environ 20h de navigation entre la Martinique et les Saintes.

J’ai accroché le vélo à l’extérieur sur la filière, en enlevant juste la selle, les pédales et en mettant le guidon dans l’axe du cadre.
Ça passe, mais je vous conseille vivement de ne réserver ça qu’à de très courtes navigations. Car il y a facilement des vagues qui peuvent gicler sur la filière dès que la mer est un peu formée et le vélo ne va pas du tout apprécier l’eau salée.
Dès que vous pouvez à mon avis, il faut absolument mettre le vélo quelque part à l’intérieur du bateau.
S’il s’avère que vous n’avez pas le choix, tout emballer le plus hermétiquement possible car les embruns se glissent partout sur le pont d’un voilier.
Cette fois là, après une petite session bichonnage d’amour pur saupoudré d’un zeste de WD40, mon vélo a repris la route en ronronnant.
Un monocoque de 10m pour le retour de la Guadeloupe à la Martinique par Marie Galante.
Nous avons navigué 3 jours et demi seulement et le vélo est resté en vrac dans le fond du carré sans problème.
Un monocoque de 12m, de la Martinique à Panama
Là, c’était plus compliqué, notamment parce que le capitaine était moyen chaud dès le début.
En contactant via les annonces ou en rencontrant les gens sur le port, je crois que c’est quand même bien de ne pas amener le thème du vélo tout de suite d’emblée. Il vaut mieux d’abord aligner les arguments pour montrer à la personne que vous êtes le-la super équiper-e avec qui ça va être le pied de naviguer. Et puis après amener le sujet du vélo car il y a des chances de se faire rembarrer direct si vous commencez par là. Evidemment, pas non plus tout planifier et le jour d’embarquer dire que ah au fait vous avez un vélo.
Une bonne idée, je pense, c’est de montrer des photos du vélo en petits morceaux pour rassurer et appuyer par l’image que ça va rentrer !
Dans ce bateau, j’ai vraiment tout démonté, roues, portes bagages, guidon, pédales, béquille, selle et enroulé chaque morceau dans des chutes d’emballages plastiques récupérées dans les boutiques du port du Marin.

J’ai enroulé en plus le cadre dans une chute de voile car le capitaine avait quand même peur pour son intérieur.
Le vélo a fini dans le fond de la couchette, de mon coté, que je partageais avec un autre équipier polonais en or.
Donc si vous êtes prêt-e à dormir avec votre vélo, tout s’arrange !

J’ai aussi pris un voilier entre le Panama et Carthagène en Colombie, mais, à mon grand regret, ce n’était pas du bateau-stop et pour le coup il y avait beaucoup de place dans le rafiot.
J’ai malheureusement aussi rencontré un couple de cyclistes en Martinique qui s’est résolu à jeter l’éponge et rejoindre la Colombie en avion car ça a été vraiment trop long pour eux de trouver un embarquement pour tous les deux avec les vélos.
Un autre couple de hollande a fini par réussir.
En conclusion
- il est tout a fait possible de faire du bateau-stop avec un vélo
- mais il faut s’attendre à négocier dur pour embarquer et accepter de traîner cet handicap quand le bateau-stop en lui même demande déjà pas mal de patience et de persévérance
- si vous êtes aussi motivé sur l’achat de votre vélo à l’arrivée, je pense que le jeu en vaut la chandelle. Ça vous demandera des efforts en débarquant mais c’est tout ce que vous aurez évité comme complications à balader votre vélo en mer
- et dans tous les cas, si vous aimez la mer. Je vous recommande chaudement le bateau-stop, c’est une magnifique manière de se rendre en Amérique et une très belle aventure humaine 🙂
Concernant le bateau-stop en général, le dossier du blog tourdumonsite de François et Sylvain est une très bonne base pour commencer à préparer votre prochain périple !
https://www.tourdumondiste.com/faire-du-bateau-stop-ou-de-la-co-navigation
Je me ferai une joie aussi de répondre à vos questions si c’est dans mes cordes, n’hésitez pas à me contacter.